Perpignan (66) · 12 photos












C’est le chantier le plus photographié de nos archives, et ce n’est pas un hasard : une maison d’architecte ne pardonne aucun défaut de plâtrerie. Volumes ouverts, murs longs, lumière rasante en fin de journée, la moindre bosse dans un joint se voit. C’est aussi la maison où nous avons sorti le plus de technicité : des arrondis dans le salon, des niches encastrées dans les salles de bain, des corniches pour bandeaux LED, des portes affleurantes sans chambranle, et un plafond extérieur qu’il a fallu fractionner pour qu’il ne fissure jamais.
Les doublages ont été montés en butée de dalle, c’est-à-dire jusqu’au nu inférieur de la dalle et non arrêtés au niveau du faux-plafond. C’est ce qui donne à un doublage sa valeur acoustique : une paroi qui s’arrête sous le plafond laisse le son passer par-dessus, dans le plénum, et tout le soin apporté au doublage part avec. Sur une maison aux volumes ouverts, où les pièces communiquent visuellement, c’est le genre de détail invisible qui décide du confort une fois les meubles posés.
Le salon a été traité en plaques cintrées. Un arrondi en plâtrerie ne s’improvise pas : l’ossature se resserre pour épouser le rayon, la plaque se cintre progressivement, et le joint suit une courbe sur laquelle l’œil ne pardonne aucune facette. Une ligne courbe mal exécutée se lit à dix mètres, encore plus dans une pièce éclairée en rasant.
Dans les salles de bain, nous avons monté des niches encastrées dans l’épaisseur des cloisons. Leur intérêt n’est pas décoratif : elles se calent au nu du carrelage, et leur implantation se décide avant de fermer la cloison, avec le plombier pour les réservations et le carreleur pour le calepinage des carreaux. Une niche décidée après coup, c’est une cloison à rouvrir.
Le point le plus technique était le plafond extérieur. Un plafond en extérieur travaille : il se dilate et se rétracte au fil des écarts de température, bien plus qu’un plafond intérieur. Nous avons donc posé des baguettes de fractionnement à la jonction entre le plafond et les murs de refend extérieurs, pour ménager le jeu de dilatation. Sans elles, la fissure n’est pas un risque, c’est une certitude, et elle apparaît au premier été.
Aux plafonds, nous avons réalisé des corniches pour bandeaux LED et des cages à rideaux. Les deux sont des pièges classiques. Une corniche LED fabrique elle-même la lumière rasante qui trahit le moindre défaut : le joint qui la borde doit être irréprochable, sinon l’éclairage indirect souligne exactement ce qu’il était censé mettre en valeur. Une cage à rideaux, elle, se dimensionne avant la pose des menuiseries et du rail, sous peine d’un rideau qui frotte ou d’un coffre trop court.
Côté portes, deux ouvrages qui ne pardonnent rien. Les châssis à galandage, d’abord : la cloison se monte autour du châssis, avec des renforts calculés et une règle absolue, aucune vis dans la zone où le vantail coule. Un seul écart et la porte frotte pour toujours. Les portes affleurantes, ensuite, celles qu’on dit invisibles : il n’y a plus de chambranle pour rattraper quoi que ce soit, la plaque meurt directement au nu du bâti. L’aplomb, l’alignement et le traitement du joint au droit de l’huisserie se jouent au millimètre, et le résultat se voit depuis le fond de la pièce.
Le reste, c’est le socle du métier fait sans approximation : doublages sur toute la surface, cloisons de distribution, faux-plafonds avec leurs retombées d’éclairage. Le peintre a pris la suite sans avoir à reprendre notre travail, et c’est sa préparation qui a fait le rendu final.
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